« L’objectif est de briser immédiatement la barrière technique pour se concentrer sur l’essentiel : l’humain, le ressenti et le débat d’idées. »

Le couple Intelligence Artificielle / DATA s’est invité avec force dans le débat public et s’immisce chaque jour un peu plus au cœur de nos sociétés. Révolution anthropologique ou simple évolution technologique ? La question reste ouverte. Une certitude demeure : personne ne reste étanche à cette transition qui transforme déjà nos modes de vie, nos manières de travailler, de nous soigner ou d’apprendre.

Face à cette lame de fond, l’un des défis majeurs des collectivités territoriales est double : s’approprier ces outils pour optimiser le service public d’une part, et instaurer un dialogue de confiance avec des citoyens souvent partagés entre fascination et craintes d’autre part.

Pour répondre à la question essentielle du “Comment inclure tout le monde ?”, la Communauté Urbaine d’Arras a imaginé une réponse inédite et audacieuse : le Mur de l’IA.

Le parti pris : Parler de numérique… sans aucun outil numérique

Le premier coup de génie du “Mur de l’IA” réside dans son approche low-tech (technologie sobre). Pour s’adresser à l’ensemble de la population y compris les personnes touchées par l’illettrisme numérique la collectivité a choisi de bannir les écrans, les QR codes et les applications complexes.

L’objectif est de briser immédiatement la barrière technique pour se concentrer sur l’essentiel : l’humain, le ressenti et le débat d’idées.

Un principe simple, ludique et visuel

• L’installation : Des panneaux grand format sont déployés contre un mur au sein d’espaces de grande fréquentation (marchés locaux, halls de gares, événements culturels ou salons).
• Le questionnement : Le mur interpelle les passants grâce à quelques questions simples, directes et percutantes sur la place de l’IA dans leur quotidien.
• Le vote par gommettes : Pour exprimer leur avis, les citoyens collent des gommettes colorées en face des réponses proposées. Le choix des couleurs permet de catégoriser subtilement les répondants (par exemple : par tranche d’âge, par profil socioprofessionnel ou par niveau de familiarité avec le sujet), offrant ainsi une visualisation immédiate et graphique des tendances de l’opinion locale.

Plus qu’un sondage : Une œuvre d’art citoyenne et un espace de dialogue

Le “Mur de l’IA” dépasse la simple enquête d’opinion ; il s’apparente à une véritable installation artistique et citoyenne. Au fil de la journée, les gommettes s’accumulent, créant une fresque colorée qui matérialise la parole des habitants de la communauté urbaine.

Cette approche visuelle et participative possède une double vertu :

1. Désacraliser la technologie : En ramenant l’IA à un support physique (le papier, la couleur), on désamorce l’anxiété qu’elle peut générer. L’habitant n’est plus spectateur d’un changement qui le dépasse, il devient acteur du débat.
2. Déclencher la discussion : Le mur sert de “prétexte” pour engager la conversation. Présents aux côtés de l’installation, les agents de la collectivité ou les médiateurs numériques peuvent rebondir sur les votes pour entamer un dialogue spontané, écouter les attentes, rassurer sur les usages de la DATA par la collectivité, et faire de la pédagogie active (acculturation).

D’une initiative locale à un succès national

Preuve du caractère visionnaire et de la pertinence de la démarche, l’innovation arrageoise a rapidement dépassé les frontières du Pas-de-Calais. Salué pour sa simplicité et son efficacité, le concept du “Mur de l’IA” a été repris et essaimé par de nombreuses autres collectivités partout en France.

En devenant un modèle de référence en matière de médiation numérique et de participation citoyenne hors-les-murs, cette initiative démontre avec brio que pour réussir la transition numérique d’un territoire, la plus belle des technologies reste encore le lien social. En allant à la rencontre des usagers là où ils se trouvent, la Communauté Urbaine d’Arras a tracé la voie d’une gouvernance transparente, humaine et partagée de la donnée.

Mickaël AUDEGOND, Maire de Wailly et Vice-président au numérique CU Arras