« Keolis mise aussi sur les mobilités partagées à coût maîtrisé »
Mission Ecoter : Monsieur le Directeur Général, la décarbonation des flottes est une priorité absolue, mais les coûts d’investissement et les incertitudes technologiques (électrique vs hydrogène vs bioGNV) pèsent lourdement sur les budgets des Autorités Organisatrices (AOM). Comment Keolis accompagne-t-il concrètement les territoires, notamment de taille moyenne, pour définir un mix énergétique qui soit à la fois soutenable financièrement sur 10 ans et opérationnellement résilient face à l’envolée des coûts de l’énergie ?
Clément MICHEL : C’est le challenge du moment : comment déployer une flotte décarbonée (notamment électrique) de manière soutenable sur le plan financier.
Les équipes de Keolis s’y emploient au quotidien et en proximité, notamment pour les Autorités Organisatrices des Mobilités de taille modeste, qui n’étaient jusqu’ici que peu ou pas concernées.
• Étude très en amont : âge du parc, infrastructures existantes, moyens budgétaires…
• Anticipation des renouvellements GNV ou diesel avant 2029
• Système électrique au juste besoin, frugal (nombre de véhicules, taille des batteries, infrastructures, roulages…)
• Conseil achat des véhicules et infras
Des solutions existent pour le que le prix de l’électrique se rapproche de celui du diesel. Il faut cependant l’anticiper et souvent perdre en “confort” d’organisation d’exploitation.
Dans tous les cas, le passage à l’électrique doit être transparent pour le voyageur final, avec un niveau d’offre maintenu.
Mission Ecoter : Le sentiment de “délaissement” dans les zones peu denses est un moteur puissant de fracture sociale. Au-delà des lignes fortes (tramway, BHNS) dans les cœurs de métropoles, quelle est la stratégie de Keolis pour transformer le Transport à la Demande (TAD) et les mobilités partagées en une alternative réelle à la voiture individuelle dans le périurbain, sans que cela ne devienne un gouffre financier pour la collectivité ?
Clément MICHEL : Même dans les territoires peu denses, où la voiture individuelle est prédominante et irremplaçable, des propositions complémentaires sont attendues : 5 % des ménages, en moyenne, ne disposent en effet pas d’automobile ; et dans certains bourgs et petites villes, ils sont jusqu’à 20% (et ces chiffres masquent les ménages avec une seule voiture et les personnes qui ont une voiture mais sont dans l’incapacité de la conduire par exemple du fait d’un handicap ou d’une panne du véhicule).
La déclinaison d’un modèle urbain sur des territoires périurbains et ruraux serait totalement inefficace car sir les grands types de motifs convergent (études, travail, santé, achats, administratif, loisirs), la géographie, l’historique transport, la longueur des trajets, ne sont pas du tout les mêmes.
L’idée est donc de construire un bouquet de solutions transport adapté à chaque bassin de vie, à partir d’un diagnostic fin des flux, des polarités et des publics prioritaires (jeunes, ménages en précarité de mobilité, seniors).
L’objectif n’est pas de multiplier les services, mais d’assembler Transport à la Demande, covoiturage, transport solidaire, autopartage, modes actifs… dans une architecture cohérente, lisible et animée humainement, afin d’offrir une alternative crédible au « tout voiture individuelle » sans pour autant exploser les budgets
Pour éviter le “gouffre financier”, la stratégie repose sur des offres très ciblées et frugales : Transport à la Demande “sur mesure” pour garantir au moins un déplacement hebdomadaire vers un pôle santé/commerces (comme à Foix Varilhes), transport d’utilité sociale opéré avec une association (comme à Sarrebourg avec Caritas) ou encore navettes villageoises intégrées dans un bouquet plus large (Cbus à Châteaubriant Derval).
Keolis mise aussi sur les mobilités partagées à coût maîtrisé : vélos livrés dans les villages (Mova à Vitré), lignes de covoiturage gratuites et ultra simples d’usage (Rubis’Covoit’), autopartage Citiz déployé là où la demande le justifie, ou solutions de transport solidaire et covoiturage réunies sur une même plateforme avec Atchoum.
La priorité est ainsi de concentrer les moyens sur les usages avérés et les publics les plus fragiles, en travaillant avec des acteurs locaux et en nouant des partenariats.
Mission Ecoter : Les collectivités souhaitent reprendre la main sur la relation client et la donnée de mobilité via des plateformes MaaS, tout en évitant de dépendre de solutions “clés en main” trop opaques. Comment Keolis positionne-t-il son offre numérique pour garantir aux territoires une véritable souveraineté sur leurs données, tout en assurant une expérience utilisateur fluide qui incite réellement au report modal ?
Clément MICHEL : Keolis partage pleinement l’ambition des collectivités de maîtriser la relation client et les données de mobilité. Notre position est claire : la digitalisation du parcours client ne doit pas être réservée aux grandes métropoles. Dans tous les territoires, notre rôle est d’accompagner les autorités organisatrices pour identifier le bon niveau de service, les bons outils et les bons partenaires, afin de proposer une expérience simple, lisible et incitative au report modal, tout en restant adaptée aux contraintes budgétaires locales. Par exemple, à Bourg-en-Bresse, Keolis a su proposer le déploiement d’un site et d’une application MaaS intégrant les transports en commun, le Vélo Libre Service, le Transport à la Demande et le covoiturage pour le réseau Rubis.
En tant qu’intégrateur de mobilités, Keolis se positionne aussi comme intégrateur de l’expérience client multimodale et multicanale. Cela signifie que nous sommes capables d’orchestrer des solutions interopérables, ouvertes et évolutives, tout en garantissant la fourniture de données de qualité.
Sur la question de la souveraineté, nous sommes particulièrement vigilants : les collectivités restent pleinement propriétaires de leurs données clients et de mobilité. Keolis garantit un strict respect des cadres réglementaires, notamment du RGPD, et privilégie des architectures transparentes.
Enfin, nous sommes convaincus que la performance du digital repose sur une approche hybride. Les outils numériques facilitent l’accès à l’offre et simplifient les parcours, mais les canaux humains restent essentiels pour accompagner les usagers, notamment dans la découverte des solutions de mobilité durable. C’est tout le sens de partenariats comme ceux développés avec les Pimms, pour former et inclure tous les publics dans l’usage des services digitaux de la mobilité.