Rencontre avec Philippe LAURENT,
Maire de Sceaux
Vice-président de l’Association des Maires de France
À l’heure où les enjeux environnementaux et les mobilités durables redessinent les politiques publiques locales, les collectivités territoriales jouent un rôle central pour imaginer des solutions concrètes, adaptées aux réalités de terrain. Entre transition écologique, qualité de l’air, apaisement de l’espace public et nouvelles pratiques de déplacement, les élus sont au cœur de ces transformations.
Dans cet entretien, Philippe LAURENT, Maire de Sceaux et Vice-Président de l’Association des Maires de France, partage son expérience et sa vision des politiques menées sur son territoire. Il revient notamment sur les actions engagées en matière d’environnement et de mobilités, et sur la manière dont celles-ci contribuent à améliorer le cadre de vie des habitants tout en répondant aux impératifs climatiques.
À travers trois questions, cet échange met en lumière les choix stratégiques opérés, les arbitrages nécessaires et les perspectives d’évolution pour construire des territoires plus durables, plus accessibles et plus résilients.
Mission Ecoter : Monsieur le Maire, alors que le parc social de Sceaux est déjà rénové à près de 60 %, quels leviers comptez-vous activer pour accélérer la rénovation énergétique du parc privé afin d’atteindre vos objectifs de neutralité carbone municipale d’ici la fin du mandat ?
Philippe LAURENT : Vous avez raison de souligner que nous avons déjà franchi une étape importante avec près de 60 % du parc social rénové. Et nous allons continuer, sous réserve de disposer de moyens suffisants et de ne pas mettre en cause notre capacité à développer de nouveaux logements. En matière de rénovation énergétique, le véritable enjeu, désormais, concerne le parc privé, qui est plus diffus, plus complexe à mobiliser et souvent plus ancien.
Pour accélérer, nous activons plusieurs leviers complémentaires : l’accompagnement renforcé des propriétaires de maisons individuelles et, davantage encore, des copropriétés, la mobilisation des aides existantes, notamment celles de l’Etat et de la Métropole du Grand Paris, le rôle de la Ville comme catalyseur, en identifiant des copropriétés pilotes et enfin, nous travaillons à sensibiliser davantage les Scéens, car la transition énergétique ne se décrète pas : elle se construit avec eux.
En outre, nous développons avec deux communes voisines, Fontenay-aux-Roses et Bourg-la-Reine, un réseau de géothermie profonde dont les travaux de forage sont imminents, et pour lequel nous avons obtenu les autorisations administratives et le soutien de l’ADEME. Ce réseau pourra alimenter en chaleur l’équivalent de 15 000 logements sur nos trois communes.
Mission Ecoter : Après l’inauguration récente de la place des Ailantes en « îlot de fraîcheur », quels sont les prochains sites stratégiques de la ville identifiés pour une dés-imperméabilisation massive des sols, et comment comptez-vous concilier cette ambition avec la rareté du foncier disponible à Sceaux ?
Philippe LAURENT : L’aménagement de la place des Ailantes constitue une étape visible de notre stratégie d’adaptation au changement climatique, mais ce n’est pas la seule. Les cours d’école « égalitaire », le Printemps des transitions, le Forum de la rénovation, et d’autres initiatives marquent une politique volontariste et des événements récurrents organisés par la Ville pour sensibiliser nos habitants. La dés-imperméabilisation et la végétalisation du territoire communal sont bien engagées : 15 hectares en 15 ans. Nous développons également la végétalisation et l’agrandissement des fosses en pieds d’arbre. Chaque projet urbain intègre désormais une exigence renforcée de pleine terre et nous encourageons également les initiatives privées, car la lutte contre les îlots de chaleur doit être collective, avec l’aide financière à la plantation de nouveaux arbres, le « permis de végétaliser » en face de chez soi, sur l’espace public, et le développement des jardins partagés.
Mission Ecoter : Avec la mise en service imminente des premiers tronçons des lignes 15 et 18, comment la Ville de Sceaux adapte-t-elle son plan de circulation et de stationnement pour anticiper le report modal des Scéens vers ces nouvelles gares périphériques ?
Philippe LAURENT : L’arrivée des lignes du Grand Paris Express, notamment les lignes 15 et 18, constitue une transformation majeure pour notre territoire, même si les gares ne sont pas strictement implantées à Sceaux.
Néanmoins nous avons anticipé de longue date plusieurs évolutions et nous adaptons notre stratégie en développement des mobilités douces, avec des itinéraires sécurisés, en améliorant la lisibilité des parcours de transport, en dialoguant avec les communes voisines. Par exemple dans le cadre de l’ouverture de la ligne 15 Sud et du « rabattement » sur les gares de cette ligne, j’ai pu obtenir – avec ma collègue la maire de Bagneux – qu’Ile-de-France Mobilités accepte la création d’une nouvelle ligne de bus RATP, la 397, qui reliera la Croix-de-Berny, le centre-ville de Sceaux, le quartier des Blagis, le quartier des Mathurins, la gare Lucie-Aubrac (où passent la ligne 4 du métro et la ligne 15 du Grand Paris Express) et la Vache-Noire. C’est une excellente nouvelle pour la Ville et ses habitants.