« La loi de finances adoptée par l’État fait peser une part importante de l’effort de réduction des déficits sur les territoires, et particulièrement sur les collectivités qui investissent et qui créent de la richesse. »

Ancien député du Nord, Julien GOKEL est de nouveau maire de Cappelle-la-Grande, vice-président de la Communauté urbaine de Dunkerque en charge des finances et également vice-président de la Mission Ecoter. Fort de son expérience parlementaire, il conduit aujourd’hui une politique locale axée sur la proximité, la modernisation des services publics et une gestion budgétaire rigoureuse. Son ambition : concilier maîtrise financière et investissements stratégiques pour faire de la transition industrielle et numérique du Dunkerquois un levier de progrès durable pour tous les habitants.

Mission Ecoter : Monsieur le Maire, après avoir siégé sur les bancs de l’Assemblée nationale, vous avez fait le choix fort de vous recentrer pleinement sur votre territoire en redevenant maire de Cappelle-la-Grande et en prenant la vice-présidence aux finances de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD). Ainsi, quelles sont vos priorités de proximité pour ce nouveau mandat ?

Julien GOKEL : Ma priorité est simple : être utile au quotidien des habitants de Cappelle-la-Grande. Mon expérience nationale m’a beaucoup apporté, mais je reste profondément attaché à l’action locale, là où les décisions ont un impact direct sur la vie des familles.

Pour ce mandat, nous souhaitons poursuivre et amplifier la dynamique de développement engagée ces dernières années. Cappelle-la-Grande est une ville qui avance, qui se transforme et qui doit continuer à se préparer aux défis de demain tout en préservant sa qualité de vie et son identité.

Cela passe notamment par l’amélioration et la modernisation des services publics municipaux afin qu’ils répondent toujours mieux aux attentes des habitants. Nous voulons une administration de proximité, réactive et efficace, capable d’accompagner chacun dans ses démarches et dans son quotidien.

Nous continuerons également à investir dans les quartiers, les équipements publics, les espaces verts, les infrastructures sportives et culturelles, tout en accompagnant le dynamisme associatif qui fait la richesse de notre commune. Enfin, dans un contexte économique parfois difficile, nous resterons particulièrement attentifs à la solidarité et à l’accompagnement des publics les plus fragiles. Être maire, c’est être présent sur le terrain, à l’écoute des préoccupations des habitants et capable d’apporter des réponses concrètes. C’est cet engagement de proximité qui continuera de guider mon action.

Mission Ecoter : En tant que nouveau garant des finances de la Communauté urbaine de Dunkerque, vous êtes au cœur du réacteur de l’action publique locale. Entre l’inflation, les baisses des dotations de l’État qui contraignent les collectivités, et la nécessité de maintenir un service public fort, comment parvenez-vous à équilibrer cette équation budgétaire complexe ? Quelle stratégie financière adoptez-vous pour que la CUD reste un territoire hautement investisseur ?

Julien GOKEL : La première chose que je veux dire, c’est que les collectivités locales ne peuvent pas être la variable d’ajustement permanente des finances publiques nationales. La loi de finances adoptée par l’État fait peser une part importante de l’effort de réduction des déficits sur les territoires, et particulièrement sur les collectivités qui investissent et qui créent de la richesse.

Je trouve cela d’autant plus paradoxal que les territoires industriels comme le Dunkerquois sont aujourd’hui au cœur des ambitions nationales de réindustrialisation. Depuis plus de dix ans, nous avons fait des choix stratégiques forts. Nous avons préparé le territoire, aménagé des zones d’activités, développé les infrastructures, investi dans les mobilités, accompagné les entreprises et construit une vision collective avec l’ensemble des acteurs locaux. Cette constance et cette ambition ont permis de créer une dynamique exceptionnelle qui fait aujourd’hui du Dunkerquois une référence nationale en matière de réindustrialisation. Dans ce contexte, l’État devrait être un partenaire qui accompagne et soutient ces efforts plutôt qu’un acteur qui réduit les marges de manœuvre des collectivités au moment même où les besoins d’investissement explosent. Nous avons besoin de logements, de transports, de réseaux, d’équipements publics et de formations pour accompagner les milliers d’emplois qui arrivent sur notre territoire. Tout cela nécessite des moyens.

Pour autant, nous prenons nos responsabilités. La CUD dispose d’une gestion financière saine et rigoureuse qui nous permet d’aborder cette période avec solidité. Notre stratégie repose sur une maîtrise attentive des dépenses de fonctionnement, la recherche systématique de financements extérieurs et une programmation pluriannuelle des investissements qui nous donne de la visibilité.

Notre ambition est de préserver ce qui fait la force du modèle dunkerquois : des services publics accessibles à tous, à commencer par la gratuité des transports, tout en maintenant un niveau d’investissement élevé. Car investir aujourd’hui, c’est préparer les emplois, l’attractivité et la qualité de vie de demain.

Nous continuerons donc à défendre une conviction simple : les collectivités qui construisent l’avenir industriel du pays doivent être accompagnées et encouragées, non pénalisées. C’est dans cet esprit que nous entendons poursuivre le développement du Dunkerquois.

Mission Ecoter : Le Dunkerquois est souvent cité en exemple national pour sa dynamique de “gigafactories” et ses projets majeurs liés au nucléaire et à l’hydrogène vert. Pourtant, cette transition industrielle géante bouleverse le tissu local. Comment veillez-vous à ce que cette richesse industrielle profite directement au quotidien de vos administrés et à la cohésion globale du territoire ?

Julien GOKEL : Nous vivons effectivement un moment historique pour le Dunkerquois. Les investissements industriels annoncés ces dernières années représentent une opportunité exceptionnelle en matière d’emploi, d’innovation et de développement économique. Mais notre responsabilité est de faire en sorte que cette dynamique bénéficie concrètement à l’ensemble des habitants et à toutes les communes du territoire.

Cela passe d’abord par l’emploi et la formation. Nous devons permettre aux habitants du Dunkerquois d’accéder aux emplois créés grâce à des parcours de formation adaptés et à une mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques, éducatifs et institutionnels.

Cette transformation implique également de répondre à des besoins très concrets : construire davantage de logements, renforcer les mobilités, adapter les infrastructures publiques et accompagner les services nécessaires à l’accueil de nouvelles populations. Les communes de la deuxième couronne, comme Cappelle-la-Grande, ont toute leur place dans cette dynamique et doivent en percevoir pleinement les retombées.

Mais nous devons aussi garder à l’esprit une leçon fondamentale de l’histoire industrielle : un territoire ne peut pas dépendre d’une seule filière ou d’un seul secteur d’activité. La force du Dunkerquois doit être sa capacité à diversifier son économie et à multiplier les relais de croissance.

C’est tout le sens des annonces récentes autour des projets de centres de données et d’infrastructures numériques. Les investissements portés par SoftBank, évoqués lors du sommet Choose France, démontrent que notre territoire est désormais identifié bien au-delà de ses activités industrielles traditionnelles.

Cela montre que nous avons encore de très bonnes nouvelles économiques à faire fructifier dans les années qui viennent. Entre l’industrie décarbonée, l’énergie, la logistique, le numérique et demain peut-être l’intelligence artificielle ou les infrastructures de calcul, nous construisons un écosystème diversifié, résilient et tourné vers l’avenir.

Notre objectif reste le même : transformer ces investissements en emplois durables, en pouvoir d’achat, en qualité de vie et en opportunités pour les habitants. La réussite du Dunkerquois ne se mesurera pas uniquement au montant des investissements annoncés, mais à leur capacité à améliorer concrètement le quotidien de celles et ceux qui vivent ici.

Julien GOKEL, Ancien Député, Maire de Cappelle-la-Grande, Vice-Président de la Communauté Urbaine de Dunkerque en charge des finances, Vice-Président de la Mission Ecoter

Propos recueillis par Quentin MEULLEMIESTRE et Alain MELKA