« Connecter la santé et l’innovation locale ! »
Récemment nommée vice-présidente de la Mission Ecoter, Florence PAUCHARD apporte à l’échelon national l’expertise développée au sein de la Communauté Urbaine Creusot Montceau (CUCM), où elle pilote les délégations clés de la santé et de la transformation numérique. À la croisée de ces enjeux cruciaux pour l’avenir des territoires, elle défend un modèle d’innovation ancré dans le quotidien des citoyens. À l’occasion de cet entretien, elle revient sur les actions prioritaires engagées pour sécuriser l’accès aux soins, accompagner les transitions technologiques et éradiquer la fracture numérique, réaffirmant ainsi la mission essentielle des collectivités dans la construction de territoires inclusifs et durables.
Mission Ecoter : Madame la Vice-Présidente, vous portez au quotidien une double casquette axée sur la santé et la transformation numérique. Comment ces deux univers, que l’on oppose parfois par crainte d’une déshumanisation, se rencontrent-ils sur le terrain ?
Florence PAUCHARD : Ils ne se rencontrent pas seulement, ils sont devenus interdépendants. La transformation numérique n’est pas une fin en soi, c’est un levier. En matière de santé, le numérique doit être au service de l’humain, et non l’inverse. Sur nos territoires, nous faisons face à des défis immenses : déserts médicaux, vieillissement de la population, saturation des services de soins.
Le numérique, à travers la téléconsultation encadrée, le partage sécurisé des données de santé ou le suivi à domicile des patients chroniques, est une réponse concrète. Mon rôle est de veiller à ce que cette transition soit inclusive, fluide et qu’elle renforce le lien entre le patient et le corps médical plutôt qu’elle ne le distende.
Mission Ecoter : Justement, lorsqu’on parle de numérique dans les territoires, le risque de fracture numérique (ou “illectronisme”) est souvent pointé du doigt, particulièrement chez les personnes âgées ou fragiles. Comment surmonter ce frein ?
Florence PAUCHARD : C’est le cœur de notre combat. Si une innovation technologique exclut une partie de la population, c’est un échec politique et social. Pour que la e-santé fonctionne, nous devons déployer une politique d’accompagnement massive. Cela passe par des conseillers numériques sur le terrain, des structures de proximité (comme les maisons de santé pluriprofessionnelles ou les tiers-lieux) où les citoyens sont guidés.
Il faut aussi simplifier à l’extrême les outils. Le numérique en santé doit être aussi intuitif que possible. L’humain reste le filet de sécurité indispensable : la technologie fluidifie le parcours de soin, mais l’accueil et l’accompagnement physique doivent demeurer la norme pour ceux qui en ont besoin.
Mission Ecoter : Les collectivités locales se retrouvent en première ligne sur ces sujets. Quels sont les principaux leviers à l’échelle d’une communauté urbaine pour moderniser l’accès aux soins ?
Florence PAUCHARD : Les collectivités n’ont pas la compétence directe de la médecine de ville ou hospitalière, mais elles ont la compétence de l’aménagement, de l’attractivité et de la cohésion sociale. Notre premier levier est l’infrastructure : garantir le très haut débit partout, car sans réseau, pas de télémédecine.
Le second levier est l’animation de l’écosystème. Nous devons mettre autour de la table les professionnels de santé, les centres hospitaliers, les structures médico-sociales et les entreprises innovantes. En créant des passerelles, nous favorisons l’émergence de projets pilotes adaptés aux réalités de notre bassin de vie. Enfin, il y a l’attractivité territoriale : proposer des outils numériques performants et des espaces de travail collaboratifs est aujourd’hui un argument majeur pour attirer de nouveaux praticiens.
Mission Ecoter : Si vous deviez fixer une priorité absolue pour les mois à venir afin d’accélérer cette transformation numérique et sanitaire, quelle serait-elle ?
Florence PAUCHARD : Ma priorité absolue est de décloisonner et de généraliser les bonnes pratiques. Nous ne manquons pas d’idées ni d’expérimentations formidables en France, nous manquons parfois de passage à l’échelle.
Il faut standardiser ce qui fonctionne, interconnecter les outils de manière sécurisée et pérenniser les financements. L’objectif est que chaque habitant, qu’il vive en centre-ville ou dans une commune rurale, puisse bénéficier de la même réactivité et de la même qualité de prise en charge grâce aux outils d’aujourd’hui.